( par Mme Coulaux – Professeur de Français )emilie3

« Etre bien décidé à ce qu’on veut être et à ce qu’on veut faire,  c’est ce qui manque à presque tous les hommes : c’est pourtant la condition sans laquelle il n’y a point de bonheur. Sans elle, on nage perpétuellement dans une mer d’incertitude; on détruit le matin ce qu’on fait le soir ; on passe la vie à faire des sottises, à les réparer, à s’en repentir. »

«  Il faut bien se dire à soi-même  et par bien se convaincre que nous n’avons rien à faire en ce monde qu’à nous procurer des sensations et des sentiments agréables…on n’est heureux que par des goûts et des passions satisfaites . »
Mme du Châtelet – Propos sur le bonheur

La première passion que connut Emilie du Chatelet fut la science , passion alimentée par des échanges intellectuels avec les plus grands esprits de son temps et par une extraordinaire capacité de travail.

 

UNE ENFANCE PRIVILEGIEE

Elle a bénéficié de tous les privilèges d’une famille unie, riche et noble. Son père, Louis Nicolas de Breteuil, avait acquis la charge d’introducteur des Ambassadeurs à la cour de Louis XIV.

Très tôt, Emilie manifesta une intelligence hors norme. Son père, loin de brider sa curiosité intellectuelle lui laissa libre accès à la superbe bibliothèque de l’hôtel de Breteuil et lui offrit de célèbres précepteurs pour parfaire son éducation.

 UNE ENERGIE DEBORDANTE

Emilie fut une femme d’une énergie exceptionnelle, elle vécut pendant les premières années de son mariage la vie parisienne frénétique du début du XVIIIème siècle : théâtre, musique et jeu. Elle fut une très bonne comédienne et une joueuse de Carmagnole invétérée. Elle défraya la chronique parisienne plus d’une fois car sa liberté de ton, sa vivacité  et parfois, il faut bien le dire, certains débordements, déplurent à la bonne société de son temps.

« Tenir salon » fut à l’époque l’activité la plus recherchée des femmes de l’aristocratie qui pouvaient ainsi briller dans le monde et « lancer » les beaux esprits qu’elles recevaient. Émilie ne souhaitait pas « tenir salon », elle comprit alors que la vie frénétique de Paris ne convenait pas à son tempérament,  à ses ambitions naissantes et que sa destinée était autre.portrait

 VOLTAIRE ET LA RETRAITE A CIREY

Sa rencontre avec Voltaire fut décisive, leur liaison, qui dura quinze ans, jusqu’à la mort d’Émilie, fut très fructueuse. Ils se retirèrent dans le château qu’Émilie possédait à Cirey. La vie y fut studieuse et propice à la création . Les invités, amis, philosophes et scientifiques, trouvaient à Cirey une atmosphère de travail et de plaisir dont Émilie réglait les détails : conversations, représentations théâtrales, concerts et expériences scientifiques.

C’est là qu’elle contribua à la recherche scientifique de son temps et ceci de manière pérenne en traduisant  les principes de la philosophie Newtonienne. Les échanges intellectuels qu’elle eut avec Voltaire contribuèrent à la rédaction d’une grande partie de l’œuvre de celui-ci.

 MORT DE MADAME DU CHÂTELET

La mort de cette femme éminente a quelque chose de pathétique et profondément émouvant. Elle qui chercha toute sa vie à briser les interdits qui reléguaient, sans état d’âme, les  femmes dans un rôle subalterne, mourut, comme bien des femmes, des suites d’un accouchement.
Ne faut-il pas voir dans l’ultime contradiction de sa vie  – se prendre d’un amour passionné pour le jeune Saint Lambert, poète à la mode –  la preuve de la profonde humanité de Madame du Châtelet.

Enceinte, elle continua à travailler à la traduction des principes de Newton jusqu’à l’épuisement : elle souhaitait achever cette œuvre qu’elle envoya à son éditeur la veille de son accouchement.

Voici ce qu’écrivait Voltaire à Madame du Deffand, le 10 septembre 1749

« Je viens de voir mourir, Madame, une amie de vingt ans …. »

Auparavant, en 1836, il lui dédiait sa tragédie Alzire en ces termes :

EPITRE DE VOLTAIRE A MADAME LA MARQUISE DU CHATELET

Madame,

Quel faible hommage pour vous qu’un de ces ouvrages de poésie qui n’ont qu’un temps, qui doivent leur mérite à la faveur passagère du public et à l’illusion du théâtre pour tomber ensuite  dans la foule et dans l’obscurité.
Qu’est-ce en effet qu’un roman mis en action et en vers, devant celle qui lit les ouvrages de géométrie avec la même facilité que les autres  lisent les romans; devant celle qui n’a trouvé dans Locke, ce sage précepteur du genre humain, que ses propres sentiments et l’histoire de ses pensées; enfin aux yeux d’une personne qui, née pour les agréments, leur préfère la vérité ?

 

ŒUVRES

Institutions de physique (1740)
Discours sur le bonheur (écrit en 1746)
Philosophiae naturalis principia mathematica  (traduction de Newton)
Examen de la Genèse